7 novembre 2009

Os Argonautas

Étonnante et émouvante cette vidéo tronquée d’Elis Regina chantant Os Argonautas, l’hommage de Caetano au Portugal et au fado, accompagnée par un ensemble de guitaristes de fado de Coimbra.

O barco, noite no céu tão bonito
Sorriso solto perdido
Horizonte, madrugada
O riso, o arco, da madrugada
O porto, nada
Navegar é preciso, viver não é preciso

Caetano Veloso

Un maintien de fadiste, un visage admirable. Dommage que la vidéo soit de si piètre qualité.

L. & L.

Os Argonautas / Caetano Veloso, paroles et musique.

6 novembre 2009

On s’empêche de mourir par politesse.

Un petit coup de Marguerite, allez ça fait du bien. C’est un des textes que je préfère, ça parle du théâtre et de la passion :

Marguerite

Tu ne sais plus qui tu es, qui tu as été, tu sais que tu as joué, tu ne sais plus ce que tu as joué, ce que tu joues, tu joues, tu sais que tu dois jouer, tu ne sais plus quoi, tu joues. Ni quels sont tes rôles, ni quels sont tes enfants vivants ou morts. Ni quels sont les lieux, les scènes, les capitales, les continents où tu as crié la passion des amants. Sauf que la salle a payé et qu’on lui doit le spectacle.

Tu es la comédienne de théâtre, la splendeur de l’âge du monde, son accomplissement, l’immensité de sa dernière délivrance.

Tu as tout oublié sauf Savannah, Savannah Bay.

Savannah Bay c’est toi.

M. D.

Bulle Ogier et Madeleine Renaud, Savannah Bay

Bulle Ogier et Madeleine Renaud, Savannah Bay

Et encore :

Jeune femme. — La salle est pleine. On s’empêche de mourir par politesse. La salle attend. On lui doit le spectacle.

Madeleine. — La salle est noire. (Temps). On lui raconte qui est mort. (Temps). Qui est resté en vie. (Temps). Qui criait. (Temps). On lui dit comme la mer était bleue. (Temps). Quelle chaleur c’était. (Temps). Comme la pierre est blanche.

Jeune femme. — Comme la douleur est longue. (Temps). Comme elle change. (Temps). Comme elle devient. (Temps). Le second voyage. (Temps). L’autre rive. (Temps). Le deuxième amour.

Extr. de Savannah Bay / Marguerite Duras. Éd. de Minuit, cop. 1983. ISBN 2-7073-0668-1

1 novembre 2009

António Zambujo à Nice

Si vous êtes à Nice le 20 novembre prochain, vous en avez de la chance ! Car António Zambujo s’y produira, dans le cadre de la programmation du C.U.M. (Centre universitaire méditerranéen).

António Zambujo

António Zambujo, photo Filipa Vala

Soirée fado avec António Zambujo

20 novembre 2009, 19 h
Centre universitaire méditerranéen
65, promenade des Anglais
Nice

Entrée gratuite dans la limite des places disponibles.

L. & L.

31 octobre 2009

Carminho — A Bia da Mouraria

Elle a 25 ans, en elle la singularité du fado, et la voix est parfaite. La vidéo diffusée sur l’Internet — réalisée par João Botelho s’il vous plaît — confère à la Mouraria, à la petite église de la Senhora da Saúde et à ca fado une ambiance napolitaine.

Na Mouraria só falam do namorico
A Bia namora o Chico, as conversas são iguais.
Ai qualquer dia, Deus queira que isto não mude
Que a Senhora da Saúde vai ser pequena demais.

Adorable. Ils sont jeunes, ils n’ont rien, aucun bien matériel, pas un sou, ils n’ont que leur amour. Évidemment les paroles sont un peu nunuches, mais on trouve ce genre de couplets sans grande importance même chez les plus grands. En l’occurrence on pense à O namorico da Rita, d’António Mestre, sur une musique d’Artur Ribeiro, que chantait Amália dans les années 50.

Sabem todos os que lá vão
Que a Rita gosta do Chico
Só a mãe dela é que não
Consente no namorico.

On n’est pas dans la Mouraria mais dans le Mercado da Ribeira, les anciennes halles de Lisbonne situées au bord du Tage. Rita vend du poisson, tandis que son Chico est marin-pêcheur. L’histoire se corse d’un problème avec la maman de la petite qu’on imagine être une poissonnière maniant la sardine et le grondin avec pétulance.

L. & L.

A Bia da Mouraria / Carminho, chant ; António José, paroles ; Nóbrega e Sousa, musique ; José Manuel Neto, guitare portugaise ; Diogo Clemente, viola de fado (guitare) ; Marino de Freitas, basse acoustique.

Carminho -- Fado
A Bia da Mouraria est extrait de l’album Fado, publié le 1er juin 2009. EMI (EAN 5099996652121)

Carminho — Site officiel

28 octobre 2009

La parole Amália (3)

C’est seulement un peu plus tard que je suis entré pour de bon dans l’orbite d’Amália, et j’emploie ce mot à dessein car il s’agit en effet d’une captation.

À Rennes, à l’université, il y avait un enseignant encore jeune, Pedro, un Portugais. C’est une époque lointaine maintenant. Je ne l’ai connu que brièvement. Il partageait une colocation avec un Brésilien mélancolique et hypocondriaque qui s’appelait Marco, l’exact opposé du Pedro. Gays tous les deux (ce mot n’existait pas encore dans l’usage français je pense, je ne sais plus ce qu’on disait, homo peut-être), mais ils n’étaient pas ensemble. Pedro taquinait Marco tout le temps, il l’appelait Dona Marta : Ó Dona Marta, são as duas da tarde, quando é que você vai se levantar ?

Ce devait être deux ou trois ans après la révolution des œillets. Lui, Pedro, avait fui le Portugal fasciste, étant en délicatesse avec la PIDE. Il m’a raconté cette fuite une fois, la gare frontière portugaise, les coups de feu, courir, se cacher derrière les trains, monter dans n’importe lequel, courir, descendre, les cris des policiers, les chiens, tout ça, « tu ne peux pas imaginer, c’est pire que dans les films », finalement réussir mais avec encore l’Espagne franquiste à traverser avant la frontière française.

Ce Pedro avait une passion pour Amália. Il possédait  quelques disques, parmi lesquels Amália no Japão, avec Barco negro qu’il me traduisait : « são loucas » est probablement le premier énoncé portugais que j’ai retenu. Et surtout Com que voz qu’il écoutait beaucoup et qu’il me commentait. Il avait aussi l’album Encontro avec le saxophone de Don Byas. Je n’aime pas  ce disque, mais c’est en l’écoutant que pour la première fois j’ai entendu Povo que lavas no rio. J’étais comme Alice devant qui on tient ouverte la porte du jardin merveilleux.

Le fort de Peniche, prison pour les opposants politiques au régime de Salazar © Osvaldo Gago

Le fort de Peniche, prison pour les opposants politiques au régime de Salazar © Osvaldo Gago

C’est pourquoi j’ai toujours trouvé incompréhensible qu’on condamne Amália en raison de ses prétendues sympathies pour le régime salazariste, alors même qu’il suffit de considérer qu’en 1955 elle chantait en plein Lisbonne Libertação (poème de David Mourão-Ferreira), interdit par la censure ; qu’elle causait un grand émoi en 1962 avec Abandono (poème de David Mourão-Ferreira, musique d’Alain Oulman), allusion transparente aux conditions d’arrestation des opposants politiques et à leur incarcération à la prison de haute sécurité du fort de Peniche, petite ville côtière au nord de Lisbonne, et pour cette raison surnommé dès sa publication Fado de Peniche, ou encore en 1970 la Trova do vento que passa, musique d’Alain Oulman sur un poème de Manuel Alegre, exilé politique résidant à Paris.

Nous nous sommes rapidement perdus de vue, j’ai quitté la Bretagne, et la voix d’Amália a tracé son chemin toute seule en moi, je n’avais plus besoin d’intermédiaire.

L. & L.

Amália no Café Luso

Libertação fait partie de Amália no Café Luso, récital enregistré en public en 1955, publié pour la première fois en novembre 1974. La musique est celle du fado menor.

Libertação

Fui à praia, e vi nos limos
A nossa vida enredada
Ó meu amor, se fugirmos
Ninguém saberá de nada

Na esquina de cada rua
Uma sombra nos espreita
E nos olhares se insinua
De repente, uma suspeita

Fui ao campo e vi os ramos
Decepados e torcidos
Ó meu amor, se ficamos
Pobres dos nossos sentidos

Em tudo vejo fronteiras
Fronteiras ao nosso amor
Longe daqui, onde queiras
A vida será maior

Nem as esperanças do céu
Me conseguem demover
Este amor é teu e meu
Só na terra o queremos ter

David Mourão-Ferreira / Fado menor

Abandono (Fado Peniche)

Amália Busto

L'album sans titre de 1962, appelé généralement Busto (Buste), dans lequel se trouve Abandono. Ici la réédition de 2002 (CD).

Por teu livre pensamento
Foram-te longe encerrar
Tão longe que o meu lamento
Não te consegue alcançar
E apenas ouves o vento
E apenas ouves o mar

Levaram-te a meio da noite
A treva tudo cobria
Foi de noite, numa noite
De todas a mais sombria
Foi de noite, foi de noite
E nunca mais se fez dia

Ai dessa noite o veneno
Persiste em me envenenar
Oiço apenas o silêncio
Que ficou em teu lugar
Ao menos ouves o vento
Ao menos ouves o mar

David Mourão-Ferreira / Alain Oulman

25 octobre 2009

La parole Amália (2)

Amália : eu uso o sabonete LuxEn 1970, le Portugal était sans aucun doute le pays le plus exotique d’Europe, même pour un Breton qui y retrouvait son Atlantique.

Après Porto nous étions allés à Lisbonne qui m’avait enchanté. Elle est restée pour moi une ville magique. J’en ai vu de plus belles sans doute, en Italie surtout, de plus spectaculaires, de plus brillantes, mais Lisbonne a un pouvoir souverain par lequel elle l’emporte sur toutes les autres, celui de me ramener à mon adolescence. Elle a beaucoup changé, et le Portugal aussi, cependant le charme opère encore.

De cette période date mon attachement au Portugal, à sa langue étrange, tellement qu’on se croirait dans un morceau d’Europe qui se trouverait en dehors du système solaire, dans un monde éloigné dans lequel je suis moi aussi, en étranger fasciné. Amália est liée à cette fascination depuis ce premier voyage.

Billet de 20 escudos, 1964

L. & L.

24 octobre 2009

La parole Amália (1)

Quand on entendait Amália à la radio à la fin des années 60, au début des années 70, je ne faisais pas le lien avec le fado, c’était impossible. C’était surtout La maison sur le port je pense. Aranjuez mon amour aussi. Rien à voir avec le peu que je connaissais alors du fado.

Amália -- Vou dar de beber à dorLa mémoire fait ce qu’elle veut, de sorte que je ne sais pas si la première fois que j’ai entendu Amália dans un autre répertoire était vraiment ce trajet en train, interminable mais merveilleux, j’étais si jeune, de Quimper à Porto, en 1970. J’étais avec un copain de lycée, on allait au Portugal. Il y avait une famille portugaise dans le compartiment, mais aucun homme, enfin dans mon souvenir il n’y en a pas. Une jeune fille qui devait avoir 16 ou 17 ans, et probablement sa mère et des tantes. Elles s’étaient installées comme dans un logement provisoire, je n’avais jamais vu personne faire ça dans un train. La jeune fille parlait assez bien français, mais parfois on ne comprenait pas : elle a demandé si on avait payé la tache de vélocité, et nous étions perplexes. Tache, en fait c’était taxe prononcé à la portugaise.

Amália Com que vozCes femmes avaient une radio. Il y a eu la voix d’Amália, la jeune fille a dit à l’une de ses parentes é a Amália, não é ? — enfin quelque chose comme ça ; ce que je me rappelle c’est une phrase qui sollicitait une confirmation, avec la parole Amália dedans. Ce qui sortait du transistor était peut-être l’un des morceaux de Com que voz, puisque cet album est sorti cette année-là. C’était une ballade lente, de ça je me souviens, une de celle qui laissait de la place à sa voix, alors dans sa plénitude, pour se développer. Peut-être Gaivota d’Alexandre O’Neill et Alain Oulman.

Mais je ne crois pas.

L. & L.

Se ao dizer adeus á vida
As aves todas do céu
Me dessem na despedida
O teu olhar derradeiro
Esse olhar que era só teu
Amor que foste o primeiro

Que perfeito coração
Morreria no meu peito
Meu amor, na tua mão
Nesse mão onde perfeito
Bateu o meu coração

Alexandre O’Neill

18 octobre 2009

« Dans la vie, il faut regarder par la fenêtre »

Et voilà ce qu’on voit aujourd’hui. C’est dimanche, jour de marché, les tilleuls de la place Saint-Sernin commencent à peine à roussir.  À peine.

Ce qu'on voit de la fenêtre

Ce qu'on voit de la fenêtre

Ce qu'on voit de la fenêtre

On entend la rumeur du marché, il y a un léger souffle dans les tilleuls qui fait un peu bouger les feuilles.

L. & L.

16 octobre 2009

Aldina Duarte — Ai meu amor se bastasse

Il faudrait plus que ce billet rapide pour parler d’Aldina Duarte, une des grandes fadistes d’aujourd’hui, et de surcroît une femme engagée (à gauche) et chaleureuse. On la voit ici dans Ai meu amor se bastasse, à la Casa Fernando Pessoa à Lisbonne, avec le grand José Manuel Neto à la guitare portugaise, et Miguel Ramos à la guitare.

Ai meu amor se bastasse
Saberes que eu te amo tanto
E cada vez que eu cantasse
Ai meu amor se bastasse
Saberes que é por ti que eu canto

Ah mon amour s’il suffisait
que tu saches à quel point je t’aime
et chaque fois que je chante
ah mon amour s’il suffisait
que tu saches que c’est pour toi que je chante…

Aldina Duarte, qui se tient dans le registre du fado traditionnel, est aussi une des meilleures parolières pour le fado. Elle écrit pour elle-même et pour d’autres, parmi lesquels Camané avec qui elle a été mariée, ou António Zambujo (le très beau A nossa contradição dans Outro sentido, sur une musique d’Alfredo Marceneiro).

Ai meu amor se bastasse / Manuela de Freitas ; Pedro Rodrigues dos Santos (Fado Pedro Rodrigues de Quintilhas)
Le blog d’Aldina Duarte
Aldina Duarte sur Myspace
Aldina Duarte dans Wikipedia (en portugais)


15 octobre 2009

Radio Amália

Radio Amália

Cette radio a été lancée le 6 octobre dernier, jour du dixième anniversaire de la mort d’Amália Rodrigues. On y entend du fado à longueur d’antenne (et pas seulement Amália), 24 heures sur 24, et on peut l’écouter sur son ordinateur.

Radio Amália Online