E toldam-lhe românticos cabelos
Olhos gregos, lembrando.Des mèches de cheveux romantiques brouillant
Ses yeux hellènes, occupés à se souvenir.Fernando Pessoa. Mensagem.
Traduction française : Patrick Quillier, dans : Pessoa, Fernando. Œuvres poétiques. – Gallimard, 2001. – (Bibliothèque de la Pléiade ; 482). ISBN 2-07-011490-2. Page 1245.
Lula Pena, je pensais qu’elle avait disparu de la circulation, alors que non : on trouve sur l’Internet des vidéos récentes la montrant en concert, toujours seule avec sa voix grave, sa voix comme faite de terre ou d’une autre matière granuleuse, sa guitare, son visage remarquable et son charme.
Sa voix j’y reviens, âpre, avec un effet d’envoûtement, issue du fond de l’âme, venant de loin, ayant traversé plusieurs strates avant de sourdre. Elle me fait un peu (un peu) penser à celle de Nico (la Nico du Velvet Underground) : le grain de la voix peut-être, ou la manière de la poser. Elle m’évoque aussi la splendide voix parlée de Hannah Schygulla.
Elle chante non le fado, mais le phado (Phados est le titre de son unique album, publié en 1998) : ça se prononce de la même manière mais ça ne s’écrit pas pareil. C’est à dire que du fado elle retient l’essence. Fado destin, fado expression de l’être, fado exutoire de l’âme. Phado son expression à elle.
Pour moi, elle fait partie de la famille extrêmement restreinte des fadistes créateurs : Lula Pena, António Zambujo, Amália Rodrigues — qui d’autre ?
L. & L.
Bem pensado
Todos temos nosso fado
E quem nasce mal fadado
Melhor fado não terá
Fado é sorte
E do berço até à morte
Ninguém foge, por mais forte
Ao destino que Deus dá
O fado de cada um / Silva Tavares, paroles ; Frederico de Freitas, musique.

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Phados / Lula Pena, chant et guitare. — Bruxelles : Carbon 7, 1999. — C7-032 (toujours disponible).
Lula Pena surMySpace
Revenons au Portugal.
Joana Amendoeira a déjà plusieurs albums à son actif, et beaucoup d’apparitions sur les scènes des pays les plus divers : Grande-Bretagne, France, Hongrie, Italie, Inde, Estonie … Dans ce clip elle fait entendre Sopra o vento (Souffle le vent), poème de Fernando Pessoa, un des fados extraits de À flor da pele (À fleur de peau) publié en 2007 :
Poème : Fernando Pessoa ; musique : Paulo Paz.
La voix est jolie et bien en place, et on n’est guère surpris de relever le nom de Custódio Castelo à la direction artistique et aux arrangements. L’album lui-même est à l’image de ce morceau : un bon choix de mélodies et de textes (dont deux de Pedro Homem de Mello), et une interprétation assez banale, manquant de nerf et de force. Il faut dire que je viens de regarder un film sur Oum Kalthoum : j’aurais peut-être dû attendre un peu avant d’écrire ce billet.
Reste le poème de Pessoa.
L. & L.
Sopra o vento, sopra o vento,
Sopra alto o vento lá fora;
Mas também meu pensamento
Tem um vento que o devora.Há uma íntima intenção
Que tumultua em meu ser
E faz do meu coração
O que um vento quer varrer;Não sei se há ramos deitados
Abaixo no temporal,
Se pés do chão levantados
Num sopro onde tudo é igual.Dos ramos que ali caíram
Sei só que há mágoas e dores
Destinadas a não ser
Mais que um desfolhar de flores.—
Souffle le vent, souffle le vent,
Souffle très haut le vent dehors ;
Toutefois ma pensée aussi
Connaît un vent qui la dévore.Il est une intime intention
Qui fait tumulte dans mon être
Et qui vient transformer mon cœur
En ce qu’un vent veut balayer ;Je ne sais s’il y a des branches
Mises à bas par la tempête,
Ou des pieds du sol soulevés
En un souffle où tout est pareil.Des branches qui sont tombées là
Je ne sais que douleurs et peines
Destinées à n’être rien d’autre
Que quelques fleurs que l’on effeuille.Fernando Pessoa. Traduction française : Patrick Quillier, dans : Pessoa, Fernando. Œuvres poétiques. – Gallimard, 2001. – (Bibliothèque de la Pléiade ; 482). ISBN 2-07-011490-2. Page 870.
À flor da pele / Joana Amendoeira, chant ; Custódio Castelo, direcção musical, arranjos ; Pedro Amendoeira, guitarra portuguesa ; Pedro Pinhal, viola ; Paulo Paz, contrabaixo, baixo acústico. — HM Música, P 2006. (En France, diff. Le chant du monde, 2009)
Joana Amendoeira — Site officiel
Joana Amendoeira sur Myspace
Joana Amendoeira — Blog
Là je suis en pleine terra incognita. Je ne connais pas grand chose de la Hollande où je ne suis allé que deux ou trois fois, ni des Hollandais. Simplement je les avais trouvés très sympathiques, accueillants et aimables envers les étrangers.

Cristina Branco in Holland. Custódio Castelo, guitare portugaise ; Alexandre Silva, guitare. Círculo de cultura portuguesa na Holanda, 1997
Pour ce qui est du fado, voici le peu que je sais. Cristina Branco surtout y jouit d’une grande popularité, d’ailleurs c’est là que sa carrière a commencé, par un de ces hasards qui parfois déterminent une vie. C’est là aussi qu’elle a enregistré son premier album, en public (Cristina Branco in Holland. 1997).
En guise d’hommage à ce pays qui pour ainsi dire l’a vue naître au fado, elle a publié un peu plus tard un album entier réunissant des morceaux de Custódio Castelo (son mari d’alors) composés sur des poèmes de Jan Jacob Slauerhoff (1898-1936) : Cristina Branco canta Slauerhoff, 2000, réédité en 2002 (Universal) avec trois morceaux supplémentaires sous le titre O descobridor. C’est de ce recueil qu’est extrait Os solitários, qu’on entend ici :
C’était avant qu’elle ne se consacre à cette sorte de fado-pop qu’on lui connaît maintenant.
Mais les Hollandais eux-mêmes ?
Ils se lancent, parfois. Ca peut donner des choses étonnantes, telles que cette interprétation de Garça perdida, un morceau issu du répertoire de Dulce Pontes (Leonardo Amuedo, musique ; João Mendonça, paroles), par une chanteuse du nom de Michon :
(L’original peut s’écouter sur Deezer)
Et Lenny Kuhr, vous vous en souvenez ? Mais si, allons : The Netherlands, six votes, les Pays-Bas, six points … le concours de l’Eurovision, l’édition 1969 et ses 4 gagnantes, Lenny Kuhr avec son Troubadour, la formidable Frida Boccara et deux autres chanteuses sans intérêt aucun. Ah vous n’étiez pas nés … Dans ce cas, pour que vous sachiez de quoi il est question :
Très jolie voix. C’est émouvant de revoir ça … Le lien avec le fado ? Il n’y en a pas. Mais je découvre ceci : Portugese lente, qui se révèle être une version néerlandaise de Uma casa portuguesa (Reinaldo Ferreira, Matos Sequeira, paroles ; Artur Fonseca, musique), par la même Lenny Kuhr (vidéo de qualité médiocre) :
Et même Fadista (Lenny Kuhr, Gerard de Graal, musique ; Herman Pieter de Boer, paroles), un hommage à Amália, enregistré en 2007 d’après le commentaire de la vidéo sur Youtube :
La voix est toujours là. (Ceux qui lisent le néerlandais trouveront les paroles ici.) Mais bien sûr on est loin du fado.
L. & L.
Le fado, l’une des expressions artistiques de la très singulière âme portugaise, est probablement celle qui est connue et appréciée à l’étranger par le plus large public. J’ai pensé parcourir quelques uns des pays où l’on sait que le fado est bien accueilli, au point parfois de susciter des vocations locales.
Je commence par la France puisqu’elle est là autour de moi, et qu’elle est probablement le premier pays étranger non lusophone dans lequel le fado ait rencontré un succès véritable et durable, grâce en partie à l’immigration portugaise des années 60, grâce surtout à l’irruption d’Amália Rodrigues dans le monde français du spectacle en 1956, date de son premier récital triomphal à l’Olympia, à Paris. À partir de ce moment et jusqu’à la fin de sa vie elle ne cessera jamais de se produire en France, à Paris et ailleurs.

Tout au long des années 60 elle était l’une des vedettes — comme on disait alors — du music-hall en France. Il ne fait pas de doute, ainsi qu’elle en convenait elle-même, que c’est le succès dont elle a bénéficié en France qui lui a ouvert l’accès aux autres scènes étrangères et a fait d’elle une célébrité internationale.
Mais au fond, est-ce véritablement la fadiste que les Français ont aimé en Amália ? Ou est-ce la chanteuse à la voix splendide et expressive, à son aise dans bien des répertoires, y compris la variété française ou italienne ? Si aujourd’hui on réalisait un sondage sur ce que les gens ont retenu d’elle, le résultat serait connu d’avance : la presque totalité des interrogés ne serait capable de citer qu’un seul titre, La maison sur le port.
C’est une chose qui m’avait frappé lors du concert donné par António Zambujo à Rennes en juillet 2009 : certains dans le public lui réclamaient La maison sur le port (en français dans le texte).
Énorme succès au Portugal en 1968 (je parle de la version originale d’Alberto Janes, Vou dar de beber à dor), ce morceau l’est aussi en France, où il a d’ailleurs été repris récemment par Sanseverino (2006) et par Juliette, sur la scène du Grand Rex à Paris en 2005 :
La maison sur le port (musique Alberto Janes ; paroles Pierre Cour) est aussi devenu un succès aux Antilles, adapté à la sauce zouk.
Mais en dehors de cette chanson-là on a du mal à repérer quelque fado que ce soit qui aurait été repris par un ou plusieurs chanteurs français, même dans notre langue. On relève tout de même Les cloches de Lisbonne, adapté par Francis Blanche du Fado da Madragoa (musique Frederico Valério ; paroles José Galhardo) présenté la même année par Amália sur la scène de Bobino. Seulement la version française, qui fut l’un des grands succès de 1960, interprétée par Gloria Lasso, Luis Mariano, Gilbert Bécaud, Tino Rossi, Yvette Horner et d’autres, relève du répertoire de la chanson exotique en vogue à l’époque, et n’a rien à voir avec le fado. Idem du célèbre Avril au Portugal, la version française de Coimbra, créée par Yvette Giraud dix ans plus tôt, en 1950.
La reprise par Agnès Jaoui pour son album Canta (Tôt ou tard, 2006) du Fado do retorno, en duo avec Mísia et en portugais, peut donc passer pour une originalité.
Le Fado do retorno (poème de Lídia Jorge sur le Fado Estoril du grand guitariste Armandinho), a été créé par Mísia sur son album Garras do sentido (1998).
Et elle ne s’arrête pas en si bon chemin, Agnès Jaoui, puisqu’elle vient de récidiver dans son nouvel album Dans mon pays (Tôt ou tard, novembre 2009). Elle a cette fois Camané pour partenaire (A cantar é que te deixas levar, paroles et musique José Mário Branco).
Mais ça fait peu, au regard de la fortune que connaissent en France certains autres genres, pourtant aussi liés que le fado à une ville ou une région, notamment le tango. Pourquoi les artistes français s’intéressent-ils si peu au fado ? Peut-être parce que c’est un art vocal difficile, et au fond mal connu des Français, comme la langue portugaise elle-même. On le laisse aux Portugais — aux Portugaises surtout –, qui trouvent dans le sillon creusé par Amália un terreau encore fertile pour nourrir une carrière française. Mísia bien sûr, qui s’est établie à Paris, Cristina Branco, Mariza, Katia Guerreiro…
C’est qu’en France on ne connaît guère du fado que ce qu’on a bien voulu retenir du répertoire d’Amália, laquelle a progressivement orienté son art vers une forme de chanson, profondément portugaise, mais assez proche dans l’esprit de ce que Léo Ferré et Georges Brassens pouvaient faire entendre en France à la même époque. Et cela avec la collaboration déterminante d’un certain Alain Oulman, un musicien français.
L. & L.
D’après le site Portal do fado (information datée du 1er décembre 2009), António Zambujo publiera son nouvel album en avril prochain.
Il va s’en passer des choses, ce mois-là !
L. & L.
António Zambujo — site officiel
Au fond, une chanson napolitaine s’approche du fado si elle est chantée par un(e) fadiste véritable, j’entends par là quelqu’un qui soit immergé dans le fado, qui en ait assimilé la musicalité et la technique vocale prticulières en même temps que l’arrière-plan culturel.
Autre exemple, récent celui-ci : Era de maggio de Mísia (& Peppe Servillo, du groupe Avion travel) dans l’album Ruas, dont l’une des parties est consacrée à des musiques étrangères au fado, mais voisines de celui-ci — en tout cas jugées telles par Mísia.
Dans cette vidéo de making of se trouve également la ranchera Fallaste corazon — je n’aime pas tellement les rancheras, celle-ci ne fait pas exception. On n’a de surcroît qu’un bref aperçu de Era de maggio. (On peut l’écouter sur Deezer.)
En comparaison, voici la version — très italienne — de l’étonnante Mina (née en 1940) :
La même chose, façon bel canto, par le grandissimo tenore Tito Schipa (1888-1965), avec en prime Mandulinata ‘a Napule :
La tradition napolitaine, Roberto Murolo :
Ça en fait du monde !
Era de maggio e te cadéano ‘nzino,
a schiocche a schiocche, li ccerase rosse…
Fresca era ll’aria…e tutto lu ciardino
addurava de rose a ciento passe…Era de maggio, io no, nun mme ne scordo,
na canzone cantávamo a doje voce…
Cchiù tiempo passa e cchiù mme n’allicordo,
fresca era ll’aria e la canzona doce…C’était en mai, et les cerises vermeilles
Tombaient dans ton giron à pleines poignées
L’air était frais … et les roses du jardin
Embaumaient à cent pas…C’était en mai, moi non je ne l’oublie pas,
Nous chantions une chanson à deux voix
Plus le temps passe et plus je m’en souviens,
L’air était frais, et douce la chanson.Era de maggio (1885) / musique Salvatore Di Giacomo ; paroles Mario Pasquale Costa
Pour le plaisir (le mien en tout cas), terminons par Peppe Servillo, à nouveau en duo, avec Gigliola Cinquetti cette fois, une personne et une chanteuse élégante je trouve, au style vocal situé aux antipodes de celui du fado, et donc fort différent de celui de Mísia. Les voix se marient parfaitement : très joli duo, réalisé en direct sur un plateau de télévision, à la fin d’une émission animée par la Cinquetti elle-même, chapeau. La chanson s’appelle Abbassando (paroles et musique Peppe Servillo) — et il ne s’agit plus de chanson napolitaine, et encore moins de fado :
L. & L.
On rapproche parfois la chanson napolitaine et le fado de Lisbonne, au point qu’un « jumelage » entre les deux traditions a eu lieu en 1994. Une initiative italienne, Lisbonne étant cette année-là capitale européenne de la culture.

On peut juger cette accointance quelque peu forcée. Quoi qu’il en soit, Roberto Murolo (1912-2003) et Amália, les deux stars respectives de l’un et l’autre genre ont eu l’occasion de chanter plusieurs fois ensemble sur des scènes italiennes et se connaissaient bien. Il se trouve que les derniers enregistrements d’Amália réalisés en studio et publiés sont deux duos avec Murolo pour l’album Anema e core de ce dernier (1995), deux chansons napolitaines choisies par elle : Anema e core (1950) et Dicitencello vuje (1930), qu’on peut entendre ici :
On se souvient qu’Amália avait enregistré une vingtaine d’années plus tôt un album de chansons traditionnelles italiennes (A una terra che amo, Columbia, 1973) parmi lesquelles deux chansons napolitaines (la Tarantella et le célèbre et très beau Canto delle lavandaie del Vomero).
L. & L.
‘A voglio bene…
‘A voglio bene assaje!
Dicitencello vuje
ca nun mm”a scordo maje.
E’ na passione,
cchiù forte ‘e na catena,
ca mme turmenta ll’anema…
e nun mme fa campá!…Je l’aime
Je l’aime tellement !
Dites-le lui, vous
Que je ne l’oublierai jamais.
C’est une passion,
Plus forte qu’une chaîne,
Qui me tourmente l’âme
Et m’empêche de vivre.Enzo Fusco, paroles ; Rodolfo Falvo, musique
On trouvera les paroles originales complètes avec leur traduction italienne sur ce site.
Pour Venise, ce chant qui était de révolte, interprété ici par la grande Giovanna Daffini (1913-1969), elle qui a été à l’avant-garde de la redécouverte de la tradition musicale populaire italienne, ouvrant le chemin à Giovanna Marini et à d’autres :
O Venezia che sei la più bella
e tu di Mantova che sei la più forte
gira l’acqua dintorno alle porte,
sarà difficile poterti pigliar.Un bel giorno, entrando in Venezia,
tutto il sangue scorreva per terra,
i soldati sul campo di guerra
e tutto il popolo gridava pietà.O Venezia, ti vuoi maritare
per marito ti daremo Ancona,
per corredo le chiavi di Roma
e per anello le onde del mar.
O Venezia che sei la più bella (Ô Venise, toi qui es la plus belle) fait allusion au soulèvement des Vénitiens contre l’occupant autrichien en 1848 et à la répression qui s’ensuivit. La République de Venise libre ne durera qu’un an, les Autrichiens reviendront en maîtres.

Voyez, j’étais à Venise la semaine dernière. Une des splendeurs du monde, à tel point qu’il n’y a rien à dire de sa beauté.
Pourtant, la ville de Venise n’est pas seulement un séjour provisoire pour les touristes du monde entier, il s’y déroule aussi la vie ordinaire.
Des gens y travaillent, souvent venus de la terre ferme, Mestre, Marghera, ces villes périphériques laides qui sont le moteur de Venise et qui en dépit de leurs gaz et de leurs fumées lui permettent de respirer encore.
Des gens y habitent aussi, des Vénitiens qui vivent là comme enfermés dans ce lieu inouï.
Estranha forma de vida, drôle de vie quand on y pense.
Comment peut-on être vénitien ? Il faut vivre avec l’eau, elle est partout, elle s’insinue même en vous.
Venise est une ville de la mer, c’est un port, elle a cela en commun avec d’autres lieux d’Europe comme Lisbonne ou Saint-Malo.
Avec ces deux villes aussi, et avec d’autres, elle partage un passé de conquérante, une histoire faite de navires envoyés vers les bouts du monde et revenant les voiles gonflées d’un autre vent.

Gonflées d’autres amours.

Entre le réel et l'irréel il y a une porte....., cette porte c'est nous !! Je t'aime pardonne-moi
Des amours pour lesquels on demande pardon, amours comme une porte entre le réel et l’irréel : Venise est aussi la ville du théâtre, en quoi elle se rapproche de Naples.

Venise, toujours à rechercher autre chose, um outro sentido :

Cherche pape disponible immédiatement
Venise de laquelle il faut enfin se séparer.

L. & L.
À part ça, quelques gentillesses sur Vinícius de Moraes — un ivrogne tripoteur de jeunes filles (« Il était complètement dingue cet homme-là. Il buvait trop, mais c’était un grand poète. ») — ou Carlos do Carmo qu’elle détestait. Même le satisfecit accordé à Hermínia Silva n’est pas exempt de quelques piques, elle ne peut pas s’en empêcher :
Hermínia Silva
J’aimais beaucoup Hermínia Silva, qui était une artiste très drôle. Elle chantait d’une manière complètement différente de la mienne. Je n’aurais pas aimé chanter comme elle, je préfère mon style. Mais après moi, c‘est elle que je préfère. Je ne l’ai jamais appelée par son prénom, je disais toujours Senhora Dona Hermínia. Un jour il s’est passé quelque chose de très amusant. Elle me demande : « Vous dormez bien, vous ? » « Oui. » « Moi je ne dors pas du tout , mais vraiment pas du tout, je passe la nuit à lire, je ne fais que ça toute la nuit. » J’étais un peu étonnée. « Ah bon ? Et qu’est-ce que vous lisez ? » « J‘adore lire le journal, je le lis d‘un bout à l‘autre. » Tout ce qu’elle lisait c’était le journal, mais elle disait qu’elle adorait lire ! Mais elle était très drôle, et c’était une grande artiste. Une revue avec elle était à mourir de rire.
Amália Rodrigues – a derradeira entrevista (parte 3)
Et puis il y a surtout l’amertume vis-à-vis de ses amis « de gauche » qui fréquentaient assidûment sa maison du temps de la dictature, en particulier les poètes Ary dos Santos et David Mourão-Ferreira qui ont chacun écrit des paroles de fado pour elle :
Avant le 25 avril vous receviez chez vous des personnes considérées de gauche …
Oui, il y avait Natália Correia, Ary dos Santos, David Mourão-Ferreira, Alain Oulman. Je ne savais pas qu’Alain était politique, et en fin de compte il l’était. Un jour il m’a dit qu’il était maoïste, mais je ne savais pas ce que ça voulait dire. Il m’a expliqué que les Chinois aimaient beaucoup travailler. Et moi : « c’est quoi cette chinoiserie ? » Les Chinois, aimer travailler … Il y avait lui, Natália Correia, Ary dos Santos… Ary écrivait des paroles pour Alain… Mais je ne me suis jamais mêlée de quoi que ce soit.Amália Rodrigues – a derradeira entrevista (parte 3)
Ary dos Santos
Ary dos Santos était toqué. César [le mari d'Amália, NDT] l‘appelait le « poète de la rue des fruits » Vous savez pourquoi ? Il parlait tout le temps de citron et de je ne sais quoi. Ça ne m’a pas plu, ce qu’il a fait. Il est venu ici chez moi tellement souvent — et après il ne m’a téléphoné qu’une seule fois pour me demander si j’avais besoin de quelque chose. J’ai dit non, juste de chansons. Personne, pas même David [Mourão-Ferreira], ne s’est manifesté pour dire « Attendez, c’est des mensonges tout ce qu’on raconte, elle n’a rien à voir avec tout ça ». Personne n’a rien dit. Personne, sauf Alain, qui était plus communiste que tous les autres. Il était maoïste ».Amália Rodrigues – a derradeira entrevista (parte 4)
Entretien : Felícia Cabrita
L. & L.
Depuis plusieurs jours on peut lire sur le site Portal do fado un entretien entre Amália et Felícia Cabrita, une journaliste d’investigation connue au Portugal pour une certaine intrépidité. C’est elle qui a révélé la sordide affaire de Casa pia dans les colonnes du magazine O Expresso.
L’entretien, intitulé Amália Rodrigues, a derradeira entrevista (Amália Rodrigues, la dernière interview) est repris du périodique Revista Tabu dans lequel il a été publié le 13 novembre 2009. Dans Portal do fado il est découpé en tranches, quatre pour l’instant. On n’a pas d’information sur la date de l’interview, c’est bien dommage. Était-ce en 1999, ou était-ce avant ? On retrouve des choses déjà lues ailleurs, notamment dans Amália : uma biografia, par Vítor Pavão dos Santos (Lisboa : Contexto, 1987), mais la journaliste cherche pendant un long moment (dans les parties 3 et 4) à éclaircir le positionnement politique de la chanteuse.
Ce qui en ressort, c’est le portrait d’une femme complètement indifférente à la chose politique, cherchant même de propos délibéré à paraître hermétiquement fermée à ces questions,
inaccessible, voire obtuse. Le mot même de « politique », on dirait qu’il lui semble obscène. Elle ne nie pas avoir été élevée au sein d’une famille plutôt bien disposée à l’égard du régime, ni avoir rencontré Salazar lui-même à une ou deux reprises, mais elle refuse en revanche, et avec quelle énergie, qu’on puisse en déduire une quelconque connivence avec ledit régime. Pas plus qu’elle ait été communiste comme on l’a dit aussi. On apprend en revanche que son mari était favorable à Humberto Delgado, ce général de l’armée de l’air qui défia ouvertement Salazar à l’occasion des élections présidentielles de 1958. Et qu’Alain Oulman — qu’elle « adorait » — était « plus communiste que tous les autres [gens « de gauche » qu'elle recevait régulièrement chez elle, comme Ary dos Santos, Natália Correia etc.] Il était maoïste. »
Et pourtant il y a eu Libertação, Abandono (le « fado de Peniche » comme on l’a appelé), la Trova do vento que passa, Meu amor é marinheiro (voir ici). Il y a eu aussi, le lendemain de sa mort, la révélation par José Saramago de son soutien financier au parti communiste du temps de la dictature, chose qui causa une grande sensation.
L. & L.




